« Pour nous Chrétiens, la paix repose sur le Droit, la Vérité et l’Evangile » : déclaration de Pax Christi sur la guerre d’Ukraine

Une manifestation contre la guerre d'Ukraine

Le mouvement Pax Christi France, réuni en assemblée générale, le 27 mars 2022 à Paris, profondément bouleversé par la guerre qui se déroule au cœur de l’Europe depuis le 24 février 2022, et ému face au sort de tant de victimes, adopte la déclaration suivante :

Pour nous Chrétiens, la paix repose sur le Droit, la Vérité et l’Evangile

La paix repose sur l’affirmation de la « primauté du Droit » sur les rapports de force. La crise actuelle et les prétextes qui la sous-tendent, rappellent la nécessité de défendre la Vérité. Elle engage les Chrétiens à porter par leurs actions le souffle de l’Evangile. 

 

I) La primauté du Droit 

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, les Nations libres ont proclamé les principes fondamentaux qui doivent gouverner les rapports entre les peuples, comme condition d’une paix durable. Le Préambule de la Charte de l’ONU rappelle que les relations entre Etats ne doivent pas être régies par la force mais par la coopération, les conflits devant se résoudre par des mécanismes de régulation du droit. La paix doit entre autres résulter du progrès économique et social de tous les peuples. La Charte de Paris, signée le 21 novembre 1990 au sein de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe, a engagé un processus de garantie des conditions de la paix. L’U.R.S.S. en a été le signataire, la Russie et les autres Etats qui en sont les successeurs en portent toujours la responsabilité. L’OSCE a créé des mécanismes de coopération en vue de réaliser ces objectifs. Elle contient des engagements sur la sécurité et le désarmement et rappelle que les conflits devront se résoudre par des mécanismes de droit au sein des institutions internationales. Ceci est particulièrement vrai pour l’Ukraine à laquelle les pays signataires de l’accord de Budapest (1994) à savoir la Russie, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, ont donné toutes les garanties d’indépendance, de souveraineté et de respect des frontières existantes en échange de l’abandon de l’arme nucléaire. Le développement des nationalismes, l’isolationnisme, les tentations de repli sur soi et les événements récents nous font revenir 100 ans en arrière, à la théorie du « chiffon de papier » qui exprime un cynisme politique à l’origine de nombreux conflits : les promesses n’engageraient que ceux qui y croient ! 

 

II) La défense de la Vérité 

 

L’agresseur est connu. La dérive autoritaire du régime russe, mise en œuvre depuis plusieurs années, dissimule mal une ambition impérialiste qui trouve son origine dans le traumatisme de la chute de l’empire tsariste et une réécriture de l’histoire mêlant ambition de rassembler sous une même bannière les populations autrefois réunies sous le même joug, et vision d’une communauté de destin religieuse et culturelle portée par certains hiérarques religieux. La déflagration actuelle, faisant suite aux précédents de la Géorgie, de l’Arménie et du Haut Karabagh, notamment, n’est pas un coup de tonnerre isolé mais s’inscrit dans un dessein qui cherche à se légitimer, notamment par le contrôle de l’opinion et la chasse des opposants. Le contrôle de l’information et le musèlement de toute opposition est à l’œuvre. Les assassinats ou tentatives d’assassinats ou encore d’empoisonnement d’opposants ces dernières années, les procès contre les plus médiatiques d’entre eux, constituent des actes destinés à tuer toute expression publique d’une opposition à ce dessein. Au sein de ce tumulte, la justification religieuse que certaines personnalités et hauts dignitaires orthodoxes ont voulu donner à ce conflit est une réelle souffrance. Comment entendre sans réagir ces paroles qu’ils nous adressent : « Ils sont contre notre unité, contre nos racines spirituelles et donc, qu’ils se disent croyants ou non croyants, ils sont contre la volonté de Dieu ». L’Eglise du Christ ne saurait accepter une telle division mortifère et anti évangélique ni le prononcé de tels anathèmes ! Saint Jean rapporte ces paroles du Christ : « (…) celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu » (Jn 3, 14-21). Le service de la Vérité commande aujourd’hui de dire qu’un pays ne doit pas être rayé de la carte, une population assiégée et poussée à l’exil sous peine d’être réduite à la soumission sous la menace d’atrocités. La Vérité commande de dire que l’Ukraine est en droit de se défendre. Le Chrétien ne doit jamais se résoudre à constater l’exercice légitime ou non de la violence, sans rechercher les chemins de la paix. Et il ne peut y avoir de paix sans la vérité qui ouvre au pardon. 

 

III) Le souffle de l’Evangile

 

 « Aujourd’hui, nous nous trouvons face à la grande opportunité de montrer que, par essence, nous sommes frères, l’opportunité d’être d’autres bons Samaritains qui prennent sur eux-mêmes la douleur des échecs, au lieu d’accentuer les haines et les ressentiments. Comme pour le voyageur de notre histoire qui passait par hasard, il suffirait juste d’être animé du désir spontané, pur et simple de vouloir constituer un peuple, d’être constant et infatigable dans le travail d’inclure, d’intégrer et de relever celui qui gît à terre » (Fratelli Tutti, 77). Les mécanismes de solidarité humaine doivent être mis en œuvre pour soulager les populations meurtries. Les organisations dépendant de l’ONU, la Croix Rouge et les ONG doivent pouvoir agir le plus librement possible sur le terrain au profit de toutes les populations. Les voies de la non-violence nous sont rappelées par ces rassemblements silencieux de tant de personnes dans certaines villes de Russie pour protester contre cette guerre, au péril de leur liberté. La non-violence est profondément chrétienne en ce qu’elle demande à celui qui la pratique d’aimer son ennemi jusqu’à ce que sa propre violence devienne absurde à ses yeux. L’éducation à la non-violence doit donc devenir une priorité afin d’apprendre aux nouvelles générations à se départir de ce qui est trop souvent un réflexe et une justification. Face à une agression, il ne convient pas de blâmer celui qui se défend, ni ceux qui fournissent les moyens de résister. Être non-violent permet de garder une force intérieure qui évite de tomber dans la haine. L’Eglise ne peut pas être absente de cette éducation. Pax Christi continuera de prier et d’inviter à la prière pour que la paix revienne. Pax Christi s’engage à redoubler d’efforts pour promouvoir une culture de paix, pour éduquer à la paix et aider à son rétablissement au cœur de l’Europe.

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