Les vacances pacifiques de Noël 2025 ont pris la forme d’un camp de paix pour promouvoir la cohésion sociale, la tolérance et le vivre-ensemble entre les jeunes réfugiés originaires de la République Démocratique du Congo, du Burundi et du Rwanda, actuellement réfugiés en Ouganda. Dans un contexte marqué par des traumatismes liés aux conflits, ce camps a offert un espace sécurisé pour former ces jeunes. Récit de Pascal Mugaruka, fondateur et directeur d’Africa Reconciled, à l’initiative de ce projet.
Dans un contexte régional marqué par des conflits récurrents, des déplacements forcés et des traumatismes collectifs, la consolidation de la paix demeure un enjeu fondamental. Les jeunes réfugiés, victimes directes ou indirectes de violences armées, portent à la fois les stigmates du passé et l’espoir d’un avenir plus pacifique. C’est pourquoi Reconciled, en partenariat avec le Network for Talent Cultivation (NTC) et avec l’appui financier de Pax Christi France, a organisé un « Camp de Paix » pour les jeunes réfugiés originaires de la République Démocratique du Congo, du Burundi et du Rwanda, vivant dans le camp de réfugiés de Nakivale en Ouganda qui accueille des milliers de personnes ayant fui les conflits armés, l’instabilité politique et les violences communautaires dans la région des Grands Lacs.
Les jeunes réfugiés y vivent dans un environnement caractérisé par la précarité, le chômage, la promiscuité et parfois la reproduction de tensions intercommunautaires importées des pays d’origine. Ces réalités fragilisent la cohésion sociale et exposent les jeunes à des risques accrus de violence, de radicalisation ou de marginalisation. Face à cette situation, le Camp de Paix a été conçu comme un espace sécurisé d’apprentissage, de dialogue et de reconstruction du lien social. Le projet repose sur la conviction que la paix durable passe par le renforcement des capacités individuelles et collectives des jeunes, leur autonomisation économique et leur engagement actif comme acteurs de changement au sein de leurs communautés. En combinant formation, sport, culture, entrepreneuriat et expression collective, le camp a offert une approche holistique de la consolidation de la paix.

Une approche participative et inclusive, centrée sur l’apprentissage par l’expérience
Le camp a réuni 30 jeunes réfugiés, dont 10 Congolais, 10 Burundais et 10 Rwandais, âgés de 18 à 35 ans. Les participants ont été sélectionnés sur la base de critères d’inclusivité, de diversité et de motivation, en tenant compte des situations de vulnérabilité et du potentiel de leadership communautaire. Des superviseurs et facilitateurs expérimentés, notamment en médiation communautaire et animation participative, ont assuré l’encadrement des activités. Le camp s’est déroulé sur une période de quatre jours, du 18 au 21 décembre 2025, dans un espace communautaire sécurisé du district de Nakivale. L’organisation logistique a intégré la gestion des langues, avec l’appui d’interprètes, afin de garantir la pleine participation de tous.
Les jeunes ont été encouragés à s’exprimer librement, à partager leurs vécus et à co- construire les solutions grâce à des ateliers interactifs et des exposés participatifs, des travaux de groupe et des exercices de simulation, des activités sportives et artistiques et des discussions interculturelles et intergénérationnelles.
Jour 1 : Atelier de Formation sur la résolution pacifique des conflits communautaires. La première journée a été consacrée à l’accueil des participants, à la présentation des objectifs du camp et à la création d’un climat de confiance. Les jeunes ont partagé leurs attentes et leurs expériences liées aux conflits. Une formation sur la résolution pacifique des conflits a permis d’aborder les causes profondes des tensions, les mécanismes de gestion non violente et l’importance du dialogue. Des exercices de groupe ont favorisé la communication, l’écoute active et la coopération.
Jour 2 : Atelier de Formation sur la Non-violence active . La deuxième journée a mis l’accent sur la non-violence active comme stratégie de transformation sociale. Les participants ont découvert les principes et les stratégies de la non- violence à travers des études de cas inspirantes, notamment celles de Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr. Des jeux de rôle et simulations ont permis de pratiquer des réponses non violentes face à des situations conflictuelles réelles, renforçant ainsi les compétences pratiques des jeunes.
Jour 3 : Atelier de Formation sur Leadership transformationnel. Le troisième jour a été dédié au leadership transformationnel. Les jeunes ont exploré les qualités d’un leader positif, éthique et engagé. Des exercices interactifs ont permis d’identifier les forces personnelles, les objectifs communautaires et les visions d’avenir. Cette journée a renforcé l’estime de soi des participants et leur capacité à se projeter comme acteurs de changement dans leurs communautés.
Jour 4 : Atelier de formation sur l’Entrepreneuriat, sport et culture pour la paix. La dernière journée a combiné entrepreneuriat, sport et activités symboliques de paix. Les participants ont été formés aux bases de l’entrepreneuriat et des activités génératrices de revenus, avec des études de cas locales. En parallèle, des matchs de football pour la paix, organisés pour les filles et les garçons, ont favorisé la cohésion sociale et l’esprit d’équipe.
Une fresque symbolique et des déclarations collectives de paix ont été réalisées et signées par les participants, marquant leur engagement commun pour la non-violence et la réconciliation. La cérémonie de clôture a été marquée par la remise des certificats et des témoignages émouvants des jeunes.





Une initiative qui a encore besoin de soutien
Le Camp de Paix organisé à Nakivale du 18 au 21 décembre 2025 a démontré de manière concrète que les jeunes réfugiés, lorsqu’ils bénéficient d’un espace sécurisé, d’un accompagnement adapté et d’opportunités de renforcement de capacités, peuvent devenir de véritables acteurs de transformation sociale et de consolidation durable de la paix. À travers la combinaison de toutes ces activités ci haut cités le projet a contribué à réduire les tensions intercommunautaires et à renforcer la cohésion sociale au sein du camp de Nakivale en ouganda.
Les résultats obtenus, tant au niveau individuel que collectif, confirment la pertinence du modèle mis en œuvre par Africa Reconciled à travers le financement de Pax Christi. Les jeunes réfugiés du camp de Nakivale ont acquis des compétences pratiques en gestion pacifique des conflits, développé une confiance accrue en leurs capacités de leadership et exprimé un engagement clair à diffuser les acquis au sein de leurs communautés. L’effet multiplicateur attendu, à travers la formation d’autres membres de la communauté et le développement de projets locaux, constitue un levier stratégique pour étendre l’impact du projet au-delà des bénéficiaires directs. Cependant, les défis persistants liés à la précarité socio-économique, à la forte demande non couverte et à la nature prolongée des crises dans la région des Grands Lacs soulignent la nécessité d’un engagement durable. La consolidation de la paix dans les camps de réfugiés est une action urgente nécessitant des investissements continus.
En ce sens, la poursuite et l’extension du soutien des partenaires techniques et financiers apparaissent essentielles pour renforcer les acquis, assurer un suivi structuré des jeunes formés et dupliquer ce modèle éprouvé dans d’autres camps de la région notamment au Rwanda, Burundi et Tanzanie.

















