De la violence des idées à celle des actes

– Une autre voie est possible –

La mort violente d’un homme, surtout s’il est jeune, est toujours un drame pour ceux qui ne pourront plus lui témoigner leur affection. Elle interroge aussi l’ensemble de la communauté humaine qui édicte des lois pour que soit respectée toute vie. L’atrocité des circonstances ajoute encore à l’émotion et à la réprobation, générant un immense désir : « Plus jamais ça ! »

Ce fut le cas de Samuel Paty et aujourd’hui celui de Quentin Deranque, sauvagement battu à mort au cours d’une rixe entre bandes rivales. Ce meurtre revêt une dimension politique puisque les deux bandes qui se sont affrontées se trouvent aux deux extrêmes de la classe politique française. Si leurs motivations sont différentes, elles utilisent les mêmes procédés, le même fanatisme idéo-logique, la même détermination haineuse pour abattre celui qu’ils confondent avec ses idées, comme s’il n’était pas, lui aussi, un être humain avec des parents, une famille, des amis, des sen-timents respectables. L’acte violent irrémédiable commence par la négation, la chosification de l’autre.

C’est à ce niveau que Jésus enseigne : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : « Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. » Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en juge-ment. […] Vous avez appris qu’il a été dit : « Œil pour œil, et dent pour dent. » Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. […] Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ».

«Il devra passer en jugement.» Jésus redouble ce constat et ajoute : «il devra passer devant le tribunal !» Certes, la justice des hommes passera qui expliquera, jugera, condamnera. Mais chacun de nous est invité à une justice supérieure qui pousse à rejeter la violence dans son cœur, dans ses pensées, dans ses paroles, et bien sûr dans ses actes.

Ce n’est pas la voie des lâches. Comme un sport de combat, elle va jusqu’à accepter de prendre sur soi le redoublement des coups afin de toucher la conscience de l’adversaire. Les jeunes, qui sont généreux et prêts à donner leur vie pour un idéal, en sont capables. Savent-ils qu’ils sont ap-pelés à la réconciliation pour bâtir dans l’amour une société de paix et de Non-violence ? Voie difficile, elle n’est pas impossible : mouvement qui entraina l’enthousiasme des jeunes, Pax Christi en témoigne, né après la seconde guerre mondiale d’une volonté de réconciliation entre chrétiens français et allemands.

Commission non-violence de Pax Christi France