En dépit de l’accord de paix signé le 5 décembre à Washington entre les présidents congolais et rwandais, la situation dans la région des Grands Lacs, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), s’est fortement dégradée ces dernières semaines avec la chute d’Uvira, deuxième grande ville du Sud-Kivu, une ville stratégique située près de la frontière burundaise, tombée aux mains du M23 le 10 décembre 2025, après une offensive éclair. Cette prise s’ajoute à celles de Goma en janvier 2025 et Bukavu en février 2025, et marque une nouvelle escalade du conflit qui menace la stabilité régionale et le Burundi voisin.
Un partenaire local de Pax Christi nous envoyait un appel au secours dès le 12 décembre, accompagné d’une courte vidéo montrant les familles qui tentaient, au risque de leurs vies, de traverser les lacs pour se réfugier au Burundi :
« Si vous pouvez poser n’importe quelle action en votre pouvoir ou selon votre possibilité si petite soit-elle faites-le afin que bouge ou diminue la souffrance de mes concitoyens de l’Est, faites quelque chose, et surtout ne gardez pas immobiles vos doigts, je vous en prie ! Veuillez transférer la vidéo, accompagnée de mon cri du cœur et de détresse, dans vos groupes ainsi qu’aux décideurs et aux grandes puissances de ce monde, je vous en prie. Cette vidéo qui démontre des pirogues surchargées, avec tous les risques de naufrage et de mort massive dans l’eau, n’est qu’un échantillon de la situation chaotique actuellement en RDC en général et à l’Est de mon pays en particulier.
Où est passée l’ONU ? Pour quel intérêt réel les dirigeants et les grandes puissances de l’Onu roulent-ils ? Nous avions obtenu avec beaucoup de difficultés auprès de l’Onu la Résolution 2773 (2025) et nous y avons mis toute notre confiance et tout notre espoir. Tant de mois déjà depuis ladite résolution et quelle est la suite ? Quel est l’impact de cette résolution et pourquoi avait-elle été votée ? Où est finalement passée cette résolution ?
Le 04 décembre nous avons remercié l’implication du Président américain Donald Trump et jubilé à la signature de l’accord de paix entre Rwanda et Congo démocratique. Et moins d’une semaine après, l’accord de paix signé devant des caméras se transforme en un complot, des tueries massives des populations, des déplacements forcés pour l’occupation future de nos terres par d’autres peuples, la continuité voire l’extension des pillages à grande échelle de nos ressources du sous-sol ?
Qui apportera réellement des solutions urgentes et durables aux cris de détresse des populations civiles congolaises qui sont massacrées et humiliées en leur profond être ? Trop de discours, trop de déclarations de la part des États membres de l’Onu ou de la Communauté internationale mais aucune action concrète démontrant leur bonne foi, leur sincérité, leur engagement pour la Paix et leur détermination de mettre fin à nos pleurs, nos souffrances atroces, notre déshumanisation, notre humiliation, notre exploitation excessive, notre nouvelle forme d’esclavage, etc.
C’est un cri du cœur, je vous prie de nous mettre à la place de toutes ces populations de l’Est de la RDC alors que vous lisez tranquillement ces écrits. Les mots me manquent pour conscientiser ceux qui gardent le silence ou observent passivement l’agression multiforme de plus de 30 ans à l’allure d’un complot international contre la RDC avec ses dizaines de millions des morts, ceux qui exécutent ledit complot, ceux qui y tirent des dividendes, …
Les Congolaises et les Congolais en tant qu’êtres humains et citoyens du monde ont besoin de votre action. Impliquez-vous pour la solution ou annoncez-nous officiellement la mort (la dissolution) de l’ONU. »

La chute d’Uvira a en effet provoqué un afflux massif de réfugiés vers le Burundi, avec plus de 30 000 déplacés en une semaine. La situation humanitaire est critique, avec des risques de famine et de violences accrues contre les civils. Sœur Gaudence Nininahazwe qui accompagnait l’Evêque du Diocèse Bururi au Burundi lors de sa visite aux réfugiés congolais à Rumonge, au bord du Tanganyika le 20 décembre raconte :
« Le site de transit et les sites informels d’accueil ont depuis longtemps dépassé leurs capacités. Selon l’information recueillie sur place, au site de transit de Makombe, les effectifs de samedi 20 décembre 2025, s’élevaient à 2486 personnes avec une capacité d’accueil de 400 personnes. Dans ce site, les réfugiés occupent tous les espaces : réfectoire, cuisine, hangar d’enregistrement, cour intérieure. Au stade de Rumonge qui abrite une foule immense d’exilés, il n’y a ni eau ni lieux d’aisance. Selon les constants du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la Croix Rouge rencontrés sur les lieux, des centaines de familles, se trouvent dans des conditions jugées intenables : « Les pénuries d’eau et d’infrastructures d’assainissement font craindre l’apparition de foyers épidémiques, notamment de choléra ». Les femmes surtout qui sont enceintes, les enfants et les filles sont les plus vulnérables. Esta-Mika Espérance se trouvant dans le site du stade Rumonge a témoigné leur malaise : « Nous avons des problèmes de nourriture, de logement, les maladies, la pluie, les moustiques tombent sur nous. Tout le monde ici souffre de la grippe. Beaucoup de femmes parmi nous souffrent d’infections. Il n’y a pas d’eau, pas de latrines » s’est-elle exprimée avec amertume. »

Les États-Unis et l’Union européenne avaient appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retrait des forces rwandaises de RDC tandis qu’une réunion des ministres de la Défense des pays de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) s’est tenue début janvier 2026 en Zambie pour tenter de désamorcer la crise.
Le M23 a annoncé un retrait partiel d’Uvira sous pression internationale, mais des combats persistent en périphérie et la ville reste sous forte tension. La chute d’Uvira et la progression du M23, malgré les accords de paix, a aggravée une crise déjà profonde, avec des risques majeurs de déstabilisation pour toute la région des Grands Lacs. La communauté internationale reste mobilisée, mais les solutions politiques et militaires peinent à se concrétiser sur le terrain. La résolution 2773 demeure sans effet et le plan de réponse des Nations Unies de plus de 2 milliards d’euros initialement envisagés était financé à 16 % fin octobre 2025.
La Conférence internationale pour la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs qui s’est tenue à Paris le 30 octobre 2025 avait pour but de mobiliser d’autres financements. A la fin de la conférence, le président Emmanuel Macron a annoncé un plan de soutien collectif massif de plus de 1,5 milliard d’euros pour les populations touchées par les violences dans l’est de la RDC et la région des Grands Lacs ainsi que la réouverture de l’aéroport de Goma afin de faciliter les opérations humanitaires. Si l’élan diplomatique et les promesses financières ont été salués, leur concrétisation sur le terrain reste en attente et handicape largement l’aide humanitaire pourtant d’une urgence absolue.
Quelles actions ont été menées depuis la conférence ?
- L’engagements financiers : L’enveloppe de 1,5 milliard d’euros inclut à la fois de l’aide humanitaire d’urgence, du soutien au développement et des efforts pour la paix. D’après Econostrum, une partie de ces fonds (environ 500 millions d’euros) avait déjà été engagée en 2025, le reste correspond à des promesses réaffirmées lors de la conférence. L’échéancier précis de la mise à disposition réelle de ces fonds reste encore à clarifier.
- Les actions concrètes : la réouverture de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires et la création de couloirs sécurisés pour faciliter l’acheminement de l’aide : selon RFI, les ONG et acteurs locaux soulignent que ces annonces n’auront de sens que si elles se traduisent par des mesures concrètes sur le terrain, notamment la levée des obstacles administratifs et logistiques qui entravent la réponse humanitaire.
Pax Christi vous invite à donner un écho aux appels au secours qui lui sont parvenus
Nous vous invitons à écrire à la commission des affaires étrangères du parlement afin qu’elle interroge le gouvernement sur le respect de son engagement et sur l’avancée et la mise en œuvre du plan de soutien.
Comment écrire à la commission des affaires étrangères du parlement ? Suivez les instructions ci-dessous :
1- Téléchargez et imprimez la lettre à l’attention du président de la commission.
2- En haut du courrier, ajouter à la main après « Lettre adressée par : » votre nom avec la mention « Un membre de Pax Christi », ou « un sympathisant de Pax Christi », ou « Je m’associe à la campagne de sensibilisation de Pax Christi »
3- En bas, datez, signez et indiquez votre adresse
4- Mettez sous enveloppe et envoyez à l’adresse suivante :
Monsieur le député Bruno Fuchs
Président de la commission des affaires étrangères
Assemblée nationale
126 rue de l’Université
75355 Paris 07 SP
5- Partagez cet article et cette lettre pour que nous soyons nombreux et que nous puissions faire poids.









