En ce début d’année 2026, les propos de la paléontologue Marylène Patou-Mathis et les réflexions de Maurice Zundel résonnent avec une actualité frappante. Entre l’essor des inégalités liées à la sédentarisation et les tensions intérieures de l’âme humaine, le dualisme qui nous habite se révèle à travers deux figures emblématiques : Donald Trump et le Pape Léon XIV.
Paléontologue et directrice de recherche au CNRS et au Museum, Marylène Patou-Mathis identifie un lien très clair entre néolithisation (apparition de l’agriculture et de la sédentarisation) et violence : « L’augmentation de la densité démographique, les tensions sur certaines ressources et les mutations socio-économiques, avec l’apparition des inégalités et de la propriété, sont reliées à une augmentation proportionnelle des violences collectives. » (1)
Cette violence, souvent fondée sur la peur, est le fruit du dualisme toujours présent en nous. Maurice Zundel nous en précise la nature et les conséquences : « La condition humaine est assujettie à un dualisme, dont le caractère antinomique fait de notre existence une perpétuelle contradiction. On peut l’exprimer dans l’opposition de la chair et de l’esprit, de l’individu et de la personne, de l’égoïsme et de l’altruisme, du monde et de Dieu (…) Il y a en nous un fonds primitif qui est donné et une exigence qui semble systématiquement vouloir le contraire, comme si nous étions contraints par une impulsion inexorable de sacrifier toujours ce qui est à ce qui doit être.(…)Nous sommes sans cesse expropriés de nous-mêmes par un afflux de désirs contradictoires qui nous précipitent vers des décisions, dont nous n’avons pas le loisir de prévoir les conséquences et nous n’avons pas plus tôt atteint le but vers lequel nous étions entraînés que le mirage bientôt nous entraîne vers un autre objet, dont la poursuite nous jette dans de nouveaux tourments » (2)

En ce début d’année 2026, dans un raccourci saisissant, entre le premier et le trois janvier, nous avons été spectateurs des deux faces de ce dualisme qui plus est par deux citoyens américains récemment élu ou réélu à de lourdes charges : le Président des Etats-Unis Donald Trump et le Pape Léon XIV. D’un côté une soif de possession et de domination qui paraît insatiable, de l’autre, l’appel à une paix désarmée et désarmante pour dépasser cette ambivalence. « Les grandes traditions spirituelles, tout comme l’usage approprié de la raison, nous font aller au-delà des liens du sang ou de l’ethnie, et dépasser ces fraternités qui reconnaissent seulement ceux qui leur ressemblent et qui rejettent ceux qui leur sont différents. » (3)
« Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Progrès ou régression : la tentation se situe à cette intersection. Tout ce qui va élever l’homme et lui conférer son humanité constitue la vie spirituelle. Pour Zundel, l’homme ne naît pas homme il le devient.
Pour nous chrétiens, avec une force sans pareille, non pas celle des armes et des machinations, le CHRIST, par l’exemple de sa vie et de son enseignement, nous ouvre la voie de la libération intérieure qui nous permet d’aimer les autres et le monde pour construire des sociétés libres et apaisées. Suivre ce chemin de libération c’est vouloir la paix. Devenons des êtres spirituels dégagés de nos adhérences multiples. L’Évangile est plus que jamais d’actualité.
« L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat » Ps 48,7
HD
(1) Préhistoire de la violence et de la guerre (Odile Jacob, 2013) (2) Maurice Zundel, Œuvres complètes tome IV p 544 (ed Parole et silence) (3) Léon XIV, Message pour la journée mondiale de la paix 1er janvier 2026









