L’homme fait-il encore partie des équations stratégiques ?

Entre discours stratégiques et réalités brutales, une tension persiste, révélant un paradoxe troublant. Et si la véritable urgence n’était pas seulement de décrypter les crises, mais de réapprendre à en mesurer les conséquences humaines ?

Dans l’actuelle situation internationale mais aussi nationale préoccupante, il est assez facile de trouver, à la radio, à la télévision, dans la presse écrite, sur internet, de vrais spécialistes qui nous aident à comprendre, autant que faire se peut, le remue-ménage actuel. C’est une satisfaction de constater que nous pouvons avoir recours à eux. Malgré le discours ambiant et sans faire beaucoup d’efforts, nous ne sommes donc pas contraints d’écouter les « toutologues » qui se répandent ici et là ainsi que tous ceux et celles, qui estimant avoir un message à partager, ont des propos qui ne dépassent guère leurs propres conditionnements familiaux, sociologiques, historiques….

Saluons les premiers, écartons les seconds.

Reste une question : où est l’homme ? Où est le souci de la souffrance de l’autre, et pour beaucoup, souffrance aiguë. Les enjeux stratégiques, souvent fruits de l’exaltation du pouvoir et de la prédation, ont besoin d’être compris. Mais il ne faut pas qu’ils mettent l’homme et sa souffrance à distance, à l’image des objets volants téléopérés depuis des milliers de kilométrés qui vont semer la désolation sans que l’opérateur en ait véritablement conscience et éprouve le moindre frisson.

Le discours que nous entendons sur l’arme nucléaire en est une bonne illustration. L’évocation d’armes dites tactiques, dont la puissance est supérieure aux bombes qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki, est froidement envisagée par de très doctes stratèges alors que sa possession est moralement condamnée par l’Église et le droit international.

Où est l’homme ? Où est le souci de la souffrance de l’autre, exilé, meurtri, bombardé, torturé, affamé ? Où est le souci des populations par les gouvernants des états agresseurs qui, oubliant tout repère éthique en niant à l’autre une égale dignité, perdent aussi la leur.

La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël aurait fait à ce jour (6 avril) 5500 morts essentiellement par les bombardements en Iran et au Liban. C’est sans compter les dizaines de milliers de blessés. Témoignage du chirurgien libanais Ghassam ABOU SITTAH publié dans le journal la CROIX du 21 mars : « Son plus jeune patient a quatre ans, ses deux parents et ses trois frères sont morts dans un bombardement. Amputé au pied, il est aussi blessé à la tête et aura besoin d’un suivi physique et psychologique lourd sur le long terme. « Chez qui l’enverra-t-on ? Qui va s’en occuper ? » interroge le médecin. « Beaucoup sont issus de milieux pauvres qui n’ont pas les moyens de gérer tout cela (…) Ce n’est pas seulement le corps qui est détruit, c’est toute la cellule familiale ».

De la même manière un conflit ne doit pas mettre à distance les autres conflits : l’agression de l’Ukraine par la Russie depuis 2014, la situation des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza sans oublier tous les autres conflits inter ou intraétatiques.

Dostoïevski fait dire à un personnage, le grand Inquisiteur dans les Frères Karamazov : « Si l’on donne au peuple à choisir entre le bonheur et la liberté, hélas, il est capable de préférer le bonheur ».   François Varillon qui cite cette phrase (1) nous indique qu’ici le bonheur est celui d’un peuple qui ne prend pas ses responsabilités mais s’accommode d’une vie médiocre centrée sur la satisfaction de ses besoins matériels.

Dans les différents échanges que nous avons eus avec Munther ISAAC, pasteur à Ramallah, et encore dans une récente interview (2), il ne cesse de nous appeler à nos responsabilités depuis l’endroit où nous sommes pour faire appliquer le droit international : « Jésus a dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Un chrétien est un artisan de paix par définition. Mais la paix, ce n’est pas seulement l’absence de violence. C’est vivre ensemble en harmonie, en tant qu’égaux. Ce n’est pas la neutralité, ni la passivité. La paix suppose de prendre parti. Les artisans de paix exercent des pressions pour mettre fin au mal et arrêter l’oppresseur.»

Nous venons de célébrer la mort et la résurrection du Christ qui a fait preuve d’une absolue liberté dans la relation avec son Père. C’est ce que nous redit avec force l’apôtre Jean : « Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » Jean 13,1. Il n’est pas « entré en tentation ». C’est à cette source qu’il faut puiser notre force pour être des passeurs de lumière.

(1) François Varillon, Joie de croire, Joie de vivre, ed : Bayard/Centurion        (2) La Croix 27/03, MUntter Isaac : « La Résurrection nous donne le courage de résister »

Pour ceux qui sont en région parisienne, deux propositions :

Pour approfondir et élargir les champs de la non-violence et sortir de la fatalité de la violence

LE FORUM « PREPARE LA PAIX »

Conférences, ateliers et moments festifs

Samedi 11 avril 2026

Info et Inscrisptions

Pour approfondir le sujet de la startégie, vous pouvez participer au Sénat à la conférence organisée par l’IDN, Initiatives pour le Désarmement Nucléaire :

L’HEURE DES CHOIX, L’URGENCE D’UNE SECURITE GLOBALE,

Quel système international pour faire face aux périls planétaires ?

Vendredi 17 avril 2026