
Un été accablant au cours duquel les limites sont repoussées.
Limites repoussées sans cesse dans les guerres et les conflits en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique. Dépassements acceptés par la communauté internationale qui renoncent sciemment à l’application du droit international. Ainsi, nous pouvons suivre jour par jour, heure par heure, la situation dans les territoires illégalement occupés par Israël, la guerre jusqu’à épuisement entre l’Ukraine et la Russie… et assister au martyr de populations. Cette acceptation de la violence pour régir les relations entre les états a pour effet de rendre acceptable un réarmement général avec une augmentation sensible des capacités nucléaires source de peur.
Limites repoussées par les canicules à répétition, avec leurs conséquences incendies, sécheresse, surmortalité. Elles interrogent d’une manière plus aiguës nos modèles socio-économiques. Même les montagnes se mettent à bouger rapidement : la fonte du pergélisol interdit actuellement l’accès au Mont Blanc et paraît être un facteur aggravant dans la catastrophe gigantesque au Népal. Nous sommes déjà nombreux à exprimer des inquiétudes pour les étés suivants.
A l’image des montagnes, tout bouge, tout est sérieusement interrogé : notre conception de la personne, notre relation à l’autre, au monde, à la création. Cela a été le cas à toutes les époques me direz-vous. Ce qui est particulier aujourd’hui, c’est la rapidité, l’intensité, le caractère systémique de ces changements. Pour Kaveh Madani, expert iranien. « Les guerres relâchent forcément de grandes quantités de CO2, de pollutions, et affectent toute la chaîne du vivant ».
La question qui se pose est de savoir si notre psychisme est capable de supporter cette situation et de réagir ?
« Ce que cet été inédit a produit chez (l)es jeunes porte un nom. Le médecin Henri Laborit [1914-1995] l’a décrit il y a un demi-siècle : l’inhibition de l’action. Autrement dit, face à une menace contre laquelle ni la fuite ni le combat ne sont possibles, l’empêchement d’agir engendre anxiété chronique, dépression ou repli sur soi. » JP Belier in Le Monde du 31 août 2026.
Cela peut valoir possiblement pour le restant de la population. En d’autres termes, suis-je condamné à subir ? Ai-je la possibilité d’agir ?
« L’homme dominé par l’inquiétude et la peur est assujetti aux choses. Jésus veut le délivrer, lui rendre sa dignité… en enracinant l’existence humaine dans une sécurité ultime, absolue…Une confiance à toute épreuve dont il révèle le secret « Votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses ». « Votre Père », voilà le mot clé… proximité nouvelle, inouïe, de Dieu avec les hommes, de cette communion gracieuse de Dieu offerte à tous dans le Fils ». Eloi Leclerc, Le Royaume caché, p 75 (ed Desclée de Brouwer).
Jésus ne nous promet pas un monde sans violence, sans souffrance mais une relation indestructible nourrie de cette paix qu’il nous donne. Avec Saint Paul nous pouvons alors dire : « En toute circonstance, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis ». 2 CO 4, 8-9.
Saint Paul nous dit encore « Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit » 1 Co 3,9. Collaborateurs pourquoi faire ? Introduits dans la paix que le Christ nous donne, nous sommes appelés à la partager avec tous nos frères et sœurs.
La vie spirituelle est porteuse de sens. Elle permet d’affronter et de surmonter, non sans efforts, les situations stressantes, accablantes. Pour nous chrétiens, elle est relation avec Dieu et son Fils dans l’Esprit. Pour Victor Frankl (1905-1997), psychiatre autrichien rescapé du camp d’Auschwitz, tous les hommes sont fondamentalement mus par la quête de sens. La personne qui a perçu le sens de sa propre existence peut poursuivre son combat pour l’humanité.
En confiance, bâtir la paix avec l’autre, dans la société, dans le respect de la création est donc possible.
Une excellente médecine.
H.D.






