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Il s’appelait Pengo Bossio Wangi. Il avait 26 ans. Sa vie a été brutalement interrompue. Cinq autres personnes ont été blessées, parmi lesquelles une enfant de 12 ans. La République une nouvelle fois meurtrie. L’attentat raciste et islamophobe perpétré ce vendredi 23 octobre à Trappes et à La Verrière nous plonge dans la consternation et la colère. Comment accepter qu’en France, en 2026, on puisse être pris pour cible en raison de sa couleur de peau, de ses origines ou de sa religion supposée ?

Nous voulons exprimer notre compassion aux victimes et à leurs familles, notre solidarité aux habitants de ces quartiers frappés par la violence. Lorsqu’un être humain est attaqué pour ce qu’il est, c’est notre humanité commune qui est blessée. Mais après l’émotion, que faisons-nous ? Après les condamnations et les minutes de silence, que reste-t-il ? La fraternité ne peut se réduire à une devise inscrite au fronton de nos mairies. Les violences ne surgissent pas de nulle part. Elles se nourrissent de préjugés, de peurs entretenues, de paroles qui déshumanisent. Avant les coups, il y a souvent les insultes. Avant les agressions, les menaces. Et ces lâchetés quotidiennes qui consistent à laisser dire, à détourner le regard.

Tags haineux, profanations de lieux de culte, agressions physiques, attentats : la haine emprunte bien des visages. Comment oublier les enfants et l’enseignant assassinés à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, le 19 mars 2012, les quatre victimes de l’Hyper Cacher en janvier 2015, ou encore le viol antisémite d’une jeune fille de 12 ans à Courbevoie, en juin 2024 ? Comment oublier les deux fidèles blessés par balles devant la mosquée de Bayonne en octobre 2019, Aboubakar Cissé assassiné dans une mosquée de La Grand-Combe en avril 2025, ou Hichem Miraoui, tué à Puget-sur-Argens en mai de la même année ? Comment oublier enfin le père Jacques Hamel, assassiné dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016, ou les trois fidèles tués dans la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020 ? Ces crimes et ces violences n’ont pas tous la même histoire. Mais ils nous rappellent une même exigence : combattre sans distinction l’antisémitisme, l’islamophobie, les actes antichrétiens et toutes les formes de racisme ou d’intolérance religieuse. Aucune victime ne doit être oubliée. Aucune haine ne doit être relativisée.

Il y a les maux de la haine, du rejet et de l’exclusion. Et ces mots qui les alimentent, dressant les uns contre les autres, transformant nos différences en menaces et nos voisins en ennemis. Mais il existe aussi des mots qui accueillent, respectent, réconcilient. Des mots qui reconnaissent en chacun une égale dignité, qui ouvrent des portes au lieu de construire des murs. Encore faut-il qu’ils deviennent des actes. La fraternité est une responsabilité à exercer. Elle se construit à hauteur d’homme. Elle commence dans nos quartiers, nos écoles, nos associations, nos familles. Lorsqu’on refuse une plaisanterie raciste, qu’on s’oppose à une discrimination, qu’on tend la main à une personne isolée. Lorsqu’on ose parler avec celui dont on ne partage ni la religion ni les idées. Ces gestes peuvent sembler dérisoires face aux armes. Ils tissent pourtant le lien social sans lequel aucune société ne tient debout. La fraternité ne se décrète pas : elle s’apprend, se cultive, s’entretient. Elle exige le courage de sortir de son entre-soi et de dépasser ses préjugés. C’est aussi la mission d’une association comme la nôtre, la Coordination interconvictionnelle du Grand Paris (CINPA-Osons la fraternité), qui rassemble 16 associations agissant pour la fraternité en Ile-de-France : faire se rencontrer des croyants et des non-croyants, non pour effacer leurs différences, mais pour apprendre à vivre ensemble.

Quelle douloureuse coïncidence ! Alors que nous célébrons les quarante ans de la rencontre d’Assise, voulue en 1986 par Jean-Paul II pour rassembler les religions autour de la paix, notre pays est endeuillé par un attentat raciste. D’un côté, des femmes et des hommes de toutes convictions réunis pour affirmer que nos différences ne justifient jamais la violence. De l’autre, un homme qui prend les armes contre des innocents parce qu’ils sont différents de lui. Quel contraste ! Et quelle urgence d’agir ! A Assise, les responsables religieux n’avaient pas prétendu effacer leurs divergences. Ils avaient montré qu’on pouvait se tenir côte à côte, dans le respect mutuel, au service de la paix. Célébrer cet anniversaire ne saurait consister à entretenir un souvenir. C’est faire vivre une conviction : la rencontre est plus forte que la peur, le dialogue plus fécond que l’affrontement.

Ne laissons pas la haine avoir le dernier mot. La banalisation du racisme et les fractures de notre société pourraient nous conduire au fatalisme. Ce serait laisser la haine remporter une seconde victoire. Nous ne sommes pas condamnés à vivre les uns contre les autres. Nous pouvons choisir de vivre les uns avec les autres, et mieux encore, les uns pour les autres. Ce choix nous engage tous : responsables politiques, journalistes, éducateurs, responsables religieux, militants associatifs et citoyens. N’attendons pas le prochain drame pour nous mobiliser. N’attendons pas que la haine frappe à notre porte pour ouvrir celle de la fraternité.

Face à la violence, notre réponse doit être la justice et l’engagement. Partout, des femmes et des hommes œuvrent déjà, discrètement, à cette paix qui ne fait pas de bruit mais change des vies. Ne baissons pas les bras. Multiplions les rencontres, les paroles qui relient, les gestes qui réconcilient. Faisons de nos différences non pas des frontières, mais des occasions de nous enrichir mutuellement. Car la fraternité n’est pas seulement ce qui nous rassemble après les drames. Elle est ce que nous devons construire chaque jour pour tenter de les empêcher.

Tribune de la CINPA-Osons la fraternité dont Pax Christi est membre. Publié dans La Croix

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