Homélies pour la paix

La paix ne sera une réalité que si chacun s’investit dans la construction de « la maison de la paix », qui repose sur quatre piliers : la liberté, la vérité, la justice et la charité, comme l’affirmait Jean XXIII dans l’encyclique Pacem In Terris (1963). Chaque personne de bonne volonté est encouragée à apporter sa propre pierre à cet édifice, à hâter l’avènement du Royaume. Chacun a une place unique dans cette œuvre pour le bien commun.
Vous trouverez ci-dessous des propositions d’homélies pour une eucharistie ou une célébration pour la paix.

Une homélie pour le 11 novembre

Lectures : 2 Jn 1a 4-9 ; Ps 18 (119) ; Lc 17,26-37 ou Mt 5,1-12

Le 11 novembre est un jour particulier.

En France, on célèbre la fin de la Première guerre mondiale. La Nation se souvient de ses fils morts à la guerre et leur rend hommage.  Ils sont nombreux en effet, des millions. L’Eglise fête aussi Saint Martin de Tours, soldat devenu évêque, un très saint célèbre et emblématique.

Une vingtaine d’années plus tard, la guerre frappe toujours,

toujours aussi horrible, avec plus de morts encore, plus d’atrocités. Mais dans ces horreurs passées, de petites flammes d’humanité ont toutefois permis de garder l’espérance et la foi en l’humanité. En France, pendant la guerre, une femme, Marthe Dortel-Claudot, priait pour la conversion de l’Allemagne. Elle est parvenue à éveiller les consciences à la nécessité de la prière et de la réconciliation. Son évêque et tant d’autres se sont joints à elle pour permettre la naissance du mouvement Pax Christ.

Prier pour la paix, éveiller les consciences, agir en faveur de la paix et de la réconciliation des peuples, sont les raisons d’exister du mouvement Pax Christi.

Rapidement, les actions de ce petit groupe d’Agen ont trouvé un écho favorable en France, en Allemagne et ailleurs. Aujourd’hui, le mouvement Pax Christi agit dans une cinquantaine pays à travers le monde. Et il lui faut agir encore ! Si, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, on répétait : « Jamais plus la guerre… », les guerres ont continué à sévir : nous vivons avec la guerre à nos portes, nous la sentons dans notre vie quotidienne à travers l’économie qui nous pèse, à travers les médias qui nous bombardent, à travers les réfugiés que nous rencontrons. Nous savons et nous voyons que cette guerre détruit la vie de nombreuses personnes, sans compter toutes les destructions des biens individuelles et collectives. La guerre nous fait mal et elle fait mal à notre humanité.

Mirko Drazen Grmek, historien de médecine, a écrit dans les 1990 un livre intitulée La Guerre comme maladie sociale ! Il y montre que la guerre est une maladie

qui peut faire mourir l’humanité et détruire notre Terre. Hiroshima et Nagasaki en sont des exemples évidents. Aujourd’hui, 77 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, la guerre menace encore d’exterminer notre humanité, de détruire notre Terre, notre maison commune. Tant de souffrances, de destructions en Ukraine, en Ethiopie, en Somalie et ailleurs.

Pistes pour une homélie

La paix, qui est un don de Dieu, est le Christ lui-même.

Éphésiens 2, 14-17 :

« C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine.

Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. »

La paix se reçoit dans la foi : elle est une paix qui se vit au quotidien.

Romains 12, 18 :

« Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. »

Éphésiens 6, 13-16 :

« Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.

Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix,et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. »

Le don de la paix reçu et vécu conduit à l’unité : la paix est le socle de l’unité de la famille humaine.

Jean 17, 21-23 :

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.

Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »

Que pouvons-nous faire pour changer la donne ? Nous pouvons faire beaucoup.

En premier lieu, appliquer ce que saint Jean, apôtre et évangéliste demande dans la lettre suivante : « Je t’adresse une demande : aimons-nous les uns les autres. – Ce que je t’écris là n’est pas un commandement nouveau, nous l’avions depuis le commencement. ». Sommes-nous capables de nous adresser à nos proches, nos voisins, nos concitoyens, comme le fait Saint Jean ? Si nous y parvenions, nous découvririons que quelque chose nous unit, nous rend solidaires les uns des autres.

L’amour est la vie, répète Jean, car elle tient sa source en Dieu. L’autre qui se tient à coté de nous est notre sœur, notre frère, celui qui reflète notre image, et l’image du Créateur, l’image de Jésus, mort et ressuscité, pour que nous puissions avoir la vie en abondance. La guerre, c’est la mort des hommes et des femmes, la destruction des liens sociaux et de la nature.

La fête de Saint Martin aujourd’hui, est aussi l’occasion d’une réflexion sérieuse.

Suite à sa rencontre avec le Christ, de soldat, Martin devient Homme de paix bien qu’il continue à porter son nom (Martin signifiant ‘’voué à Mars’’, voué au Dieu de la Guerre). Du fait de son engagement dans la paix et dans les communautés chrétiennes (Entre les différentes fractions, à cette époque, de grandes divisions subsistaient) et de son engagement pour les pauvres et la justice, il est finalement élu évêque de Tours et devient ainsi le porteur de la Bonne nouvelle de la Paix. L’Evêque Martin était un homme d’écoute, de dialogue, capable d’intercéder pour ses opposants et tout faire pour les sauver. C’est un homme de prière et de contemplation. Par sa vie, il a annoncé l’Evangile à ses contemporains dans une période de troubles. De son vivant déjà, on s’adressait à lui pour régler les conflits car il était l’exemple de la miséricorde et de la paix. Après sa mort, reconnu Saint par l’Eglise, on lui demande encore son soutien dans les moments difficiles de la vie, comme ceux que nous vivons aujourd’hui.

mosaïque du Sacré Cœur à Montmartre

Comme évêque Martin en son temps, notre pape François, nous invite continuellement à œuvrer pour la paix et l’entente entre les hommes et les nations. Dans les messages adressés aux hommes et femmes de notre monde, est présent l’Evangile et le Discours de Jésus sur la montagne : « Heureux les pauvres… heureux les doux… ». Ces commandements de Jésus nous concernent. Ils sont la mesure de notre fidélité à Jésus Christ et à Dieu Notre Père. Nous sommes invités, comme les auditeurs de Jésus, il y deux mille ans, à les mettre en pratique : le prochain, les pauvres, les exclus, les souffrants doivent faire trouver place dans notre vie.

Accueillons Jésus, notre paix, en nous et nous serons capables d’agir !

Cette paix devient agissante, et contagieuse pour les personnes qui nous entourent. Elle devient exigeante pour la société et pour le monde. Elle devient agissante dans la nature, sur notre Terre et sur toute choses.

Aujourd’hui, jour de la commémoration de la fin de Première Guerre Mondiale, nous prions pour la paix pour chaque homme, femme, enfant de notre terre, pour la paix sur cette terre que le Créateur nous a confiée. Prions aussi pour que surgissent dans les cœurs, le désir de paix et de respect des autres, et dans les intelligences la volonté d’agir.  C’est seulement dans cet état d’esprit que nous serons capables d’accueillir et de mettre en pratique les paroles de Jésus : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27) .

Frère Vlatko Maric, aumônier de Pax Christi