Promouvoir une paix positive en période électorale

une mosaïque de visages différents
Pour éclairer les consciences en cette année d’élections, Pax Christi France a demandé à ses commissions, de réfléchir aux conditions nécessaires à la construction d’une société apaisée.
La commission Education à la paix nous rappelle que l’absence de guerre dans notre pays, n’est pas suffisante pour une vraie paix.

 

L’absence de guerre est essentielle pour parler de paix, la situation de l’Ukraine nous le rappelle douloureusement. Mais les clivages qui traversent notre société, et qui sont crûment mis en lumière en cette période électorale, nous enseignent que l’absence de guerre n’est pas suffisante pour vivre en paix.

La paix repose bien-sûr sur des traités, mais aussi sur des actions très concrètes. Cette paix, dite positive, est une construction patiente, ou plutôt une co-construction d’une commune, d’une région, d’un pays… Elle est un travail permanent avec l’éducation pour fondement, un travail à accomplir entre les scrutins et non pas dans la précipitation d’une campagne.

Dans cette logique éducative, pour ne pas juger avant d’examiner, pour ne pas prendre parti avant de savoir, nous avons choisi, en cette année d’élections, de nous mettre à l’écoute de la société au fil du parcours intitulé « De la sécurité vers la paix » (1). « Écouter ! L’action la plus haute, la plus rare, et pourtant la plus nécessaire » (2), écrivait Maurice Zundel.

Quatre éléments majeurs et, sans nul doute, particulièrement éclairants dans cette période électorale, sont à retenir en nous appuyant sur la parole des intervenants du parcours. Ces éléments ne sont pas méconnus, mais sont pourtant souvent voilés.

Une société divisée ou apaisée n’est pas le fruit du hasard.

Les divisions qui traversent notre société ne doivent rien à la fatalité. Si elles ne sont pas ordinairement recherchées, ces divisions sont le fruit, selon le photoreporter Vincent Jarousseau, d’une méconnaissance de l’autre engendrée par un profond bouleversement de notre vie commune, qu’il qualifie, « d’atomisation de la société ». Cet observateur des classes populaires constate que l’évolution vers un rapport individualisé au travail, doublée de la privation de lieux de rencontre et de parole (Église, syndicats…), induit une incompréhension qui peut conduire au rejet de l’autre. Tenus à distance des préoccupations de nos concitoyens, nous ne percevons que mal les enjeux traversant les existences de chacun et, en particulier, la réalité quotidienne de « ceux qu’on n’entend pas », selon le qualificatif de l’économiste François Soulage, président d’honneur du Secours Catholique. Cette privation d’écoute et donc de parole, conduit, d’après ce dernier, à un sentiment d’injustice et de mépris qui peut mener à la colère. L’écoute, l’action « la plus rare », selon Maurice Zundel, est donc au principe de la construction d’une société apaisée.

La confiance ou la défiance doivent nous servir d’indicateur

Le parcours de réflexion nous a livré un indicateur essentiel pour évaluer la santé d’une société : la confiance. Cette confiance est bien-sûr à mettre en lien avec le besoin d’écoute évoqué en amont. Car l’incapacité à se comprendre aboutit invariablement à la défiance. Défiance dans les médias, dans le personnel politique, dans les corps intermédiaires souvent privés de la confiance de leurs membres potentiels et fragilisés par les pouvoirs publics. La confiance se construit sur la connaissance de l’autre, sur la transparence et sur l’honnêteté de tous : nous gardons en mémoire la rupture de la confiance dans le système financier international ayant entraîné la crise économique de 2008.

La vie en société repose sur des équilibres

« Nous vivons dans un état de droit qui essaie de composer entre une garantie de sécurité aux citoyens et l’affirmation des libertés fondamentales », rappelait l’avocat François Saint-Pierre dans un des webinaires. Tout est affaire d’équilibre pour faire vie en société.

Équilibre entre sécurité et liberté, entre biens privés et biens publics, entre l’État et le citoyen, entre l’agressivité et l’empathie…

Trouver cet équilibre nécessite de se confronter au réel, de trouver des moyens pour co-construire notre vie en commun. Le témoignage de Jo Spiegel, ancien maire de Kingersheim dans le Haut-Rhin, ayant expérimenté la « démocratie de construction » dans sa commune, peut être une source d’inspiration. « Je me refuse d’être le magicien : je ne fais pas pour les habitants mais avec eux, ensemble, nous cherchons à construire des compromis », explique celui qui a créé, entre autres, des assemblées participatives sollicitées sur chaque projet de l’équipe municipale.

Les enjeux éducatifs sont majeurs pour une paix positive

« L’école a à éveiller au sens de la vérité », souligne la philosophe Marguerite Léna. Vivre dans une société apaisée nécessite de s’éduquer tout au long de son existence dans une démarche de construction de la personne, de recherche de sens, de recherche de la vérité. « Dès que se fausse le sens de la vie spirituelle, l’individu est sacrifié à des mythes collectifs », écrivait encore Maurice Zundel.

Ces quelques enseignements permettent d’esquisser des voies à emprunter pour promouvoir une paix positive et construire une société apaisée. Elles sont à portée de chacun à la place où il est. Éduquons-nous mutuellement à la paix ; c’est en effet sur ce chemin que veut s’engager Pax Christi.

(1) Six rencontres nous ont permis d’entendre des paroles d’acteurs de la société civile, d’étudiantes, d’hommes politiques, d’intellectuels. La présentation des intervenants, les quatre webinaires et les deux tables rondes du parcours « De la sécurité vers la paix » sont disponibles ici

(2) M. ZUNDEL «Notre Dame de la Sagesse » éd Cerf
Menu