Choisir la dignité des personnes

Pour éclairer les consciences dans l’entre-deux tours des élections présidentielles, Pax Christi France a demandé à ses commissions, de réfléchir aux conditions nécessaires à la construction d’une société apaisée.
La commission Droits de l’Homme nous invite à choisir la dignité de la personne, comme piste de discernement.
Les droits humains au service de la paix

Notre pays s’est construit sur l’universalisme des droits de l’homme, le caractère inaliénable de la dignité humaine et l’égalité en droits et en devoirs des personnes. La référence à la fraternité n’est pas obsolète : elle est fondamentale ! L’État de droit, c’est à dire le respect par tous, y compris par les responsables au plus haut niveau, des principes qui orientent notre vivre-ensemble, n’est pas un luxe ! L’Europe moderne est fondée sur les valeurs universelles de la protection des droits de l’Homme. À travers de nombreux engagements internationaux et la coopération volontaire et souveraine entre États au sein des institutions européennes, la France a su créer les conditions d’une paix durable et de la réconciliation avec nos ennemis d’hier. Les propositions du Rassemblement National, sous couvert de retrouver une part de souveraineté prétendument abdiquée, ne sont pas compatibles avec les valeurs qui constituent notre héritage commun.

Des sujets de mécontentement

La désindustrialisation de la France, la paupérisation d’une partie de la population, une réorganisation des services publics éloignant les citoyens des centres de décision, ont pu créer les conditions d’une révolte de certains qui envisagent de soutenir des courants de pensée politique anti-démocratiques. Les dirigeants successifs et les maladresses du président de la République ont pu instiller un sentiment de mépris envers les populations fragilisées. Attention, néanmoins : les propositions présentées par le RN actent une rupture juridique qui permettrait aux gouvernants de s’affranchir des mécanismes de solidarité et de choisir les lois européennes qu’ils appliqueront, sans considération des engagements pris ni des objectifs du vivre ensemble entre pays. Ces propositions remettent donc en cause le pacte social patiemment construit depuis la reconstruction de l’après-guerre.

De fausses pistes

Privilégiant le « recours au peuple » contre les institutions représentatives de la démocratie, le Rassemblement National va détruire les points d’appuis constitutionnels qui sous-tendent aujourd’hui les grandes actions sociales de l’État.

En effet, sortir le préambule de la constitution de 1946 du « bloc de constitutionnalité », c’est dire que les politiques de solidarité et la sécurité sociale ne font plus partie des principes fondateurs du Pacte républicain. Le démantèlement possible de ces politiques de solidarité aggravera les inégalités.

Sortir la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 de notre bloc de constitutionnalité, c’est renoncer au principe du respect des libertés publiques, telles que la présomption d’innocence, la légalité des délits et des peines, la proportionnalité des sanctions, la liberté de la presse, la liberté de se réunir et de manifester. En s’affranchissant des règles de la Convention et des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, en triant entre les « bons » et les mauvais journalistes, un pouvoir politique pourra manipuler très fortement l’opinion et lui faire avaliser des lois attentatoires aux libertés.

En survalorisant la « préférence nationale », en excitant les divisions et en stigmatisant des groupes bouc-émissaires (étrangers, musulmans, marginaux…), le pouvoir politique pourrait alors priver des individus, ou toute une frange de la population, des garanties minimales liées au respect de la personne humaine.

Au service du Frère

Le Pape François (Lumen Fidei N°51) nous invite à renouveler nos engagements citoyens : « En raison de son lien avec l’amour (cf. Ga 5, 6), la lumière de la foi se met au service concret de la justice, du droit et de la paix. La foi naît de la rencontre avec l’amour originaire de Dieu en qui apparaît le sens et la bonté de notre vie. La lumière de la foi est capable de valoriser la richesse des relations humaines, leur capacité à perdurer, à être fiables et à enrichir la vie commune. La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l’engagement concret de nos contemporains ».

L’Évangile ne dicte pas un choix politique. Il rappelle que l’Amour est la valeur universelle sur laquelle Dieu a créé sa relation fondamentale avec l’humanité et qu’il nous demande de vivre entre nous. Il s’oppose à toute discrimination ou stigmatisation et nous invite à être responsable de l’autre dans la liberté et la confiance.

La Commission Non-violence nous invite, quant à elle, à garder le cap déjà fixé par Pax Christi dans la dynamique de Laudato Si’
Notre mouvement ayant clairement pris position en signant un texte collectif pour le second tour des présidentielles, les membres de notre Commission rappellent que nous continuerons à travailler à la construction de la paix dans l’esprit de la Non-violence.
Nous le ferons en pensant en priorité :
      – aux migrants chassés de chez eux par la guerre ou par la faim,
      – aux plus pauvres privés de l’essentiel par le système économique et financier dénoncé dans « Laudato si’ »,
      – à la terre, à l’air et à l’eau dévastés par une exploitation irresponsable, mettant en péril toute forme de vie sur terre.
Nous le ferons aussi en promouvant :
       – une autre façon de produire et de consommer selon les recommandations du pape  François et des rapports du GIEC,
        – une autre façon de régler les conflits en préférant toujours la diplomatie et la négociation à l’affrontement armé,
       – l’élimination définitive de la menace nucléaire.
A lire aussi, le travail de la commission Europe 
et celui de la commission Education à la paix 
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