L’énergie de croire, méditation de Mgr Stenger

Christ en Croix

Dans le contexte actuel de la pandémie et de ses conséquences humanitaires, de la guerre en Ukraine et de son cortège de morts et de destructions, beaucoup de personnes sont habitées par la question : où trouver l’énergie de croire encore dans ce contexte d’apocalypse ? Où trouver le courage sans cesse de recommencer, de croire alors que l’épreuve menace notre foi d’érosion ? Le pape François a un thème qui lui est cher : il nous recommande de ne pas laisser les prophètes de malheur nous voler « la joie de l’Évangile ». Il faut se méfier des « bonimenteurs de religion » qui ne cessent pas de nous enfermer dans des discours de crise et de fin du monde, qui font l’inventaire de toutes les impasses dans lesquelles nous enferme notre époque.

Cette méditation est une réponse à la question que m’avait posée un homme représentatif de cette foi blessée, meurtri par les circonstances. Il m’avait demandé : « Où trouvez-vous dans le monde actuel l’énergie de continuer à croire ? » Il m’avait laissé le temps de lui répliquer : « C’est sans doute parce que je crois que je trouve l’énergie dont vous me parlez ».
Force est de constater que dans le contexte de la pandémie et de guerre, nous sommes poussés à être témoins d’un inexorable effondrement des croyances. Mais cet effondrement laisse un espace à l’éternelle nouveauté de l’Évangile et permet de s’inscrire dans une dynamique de commencements. Autrement dit, nous voulons sortir d’une crise dans laquelle nous ne sommes pas condamnés à demeurer enfermés.
Quelle issue s’offre à nous ? Je voudrais répondre à cette question en me rappelant d’une formule que j’ai lue sur le pont du Rhin de Strasbourg à Kehl. Elle était signée d’un historien, Jean-Pierre Vernant : « Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans cette identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, par l’échange, par le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont ». Dans un contexte difficile, croire devient problématique, le défi qui s’offre à nous, c’est de traverser des ponts pour affronter des réalités que nous rencontrons sur d’autres rives, en passant des frontières, des réalités personnelles, humaines, sociales, se mesurer à ces réalités et y trouver des raisons de croire et d’espérer.

L’œcuménisme, une chance pour la foi

Si cette phrase de Jean Pierre Vernant me donne particulièrement à penser, c’est grâce aux passages, aux rencontres, aux dialogues fraternels auxquels elle invite. Cette impérieuse raison de croire nous incite à sortir de tout environnement mortifère dans lequel on pourrait se laisser enfermer par les malheurs des temps.

J’avoue devant mes frères protestants que je salue avec enthousiasme l’impulsion que le pape François donne à notre Église : il l’encourage à renoncer aux questions superfétatoires en mettant au centre tout, ce qui d’une manière ou d’une autre, concerne au premier chef la vie de la personne humaine, en plaidant pour une « Église en sortie », dont je me plais à penser qu’elle offre un visage plus satisfaisant à nos frères protestants. Dans cette période de crise, l’œcuménisme représente une chance de plus pour la foi.

La foi, l’espérance et la charité

Ce à quoi nous encourage l’Évangile, c’est d’être une Église qui sort de ses ornières dogmatiques, de son couloir mental, de ses obsessions morales, de ses silences coupables, de ses crispations identitaires, pour ouvrir de nouveaux espaces à Dieu.
Ainsi, croire en un temps d’apocalypse c’est répondre à la question : quels sont les espaces que nous pouvons ouvrir à Dieu ? Chers amis, j’ai parfaitement conscience que je n’ai rien à vous apprendre à cet égard, c’est plutôt vous qui pouvez m’apprendre, me désigner l’endroit où la foi se laisse provoquer par les difficultés de l’heure et se laisse renouveler par les ouvertures sur la culture contemporaine.
Il y a trois vertus qui permettent d’affronter le réel et d’y déchiffrer un sens : la foi, l’espérance et la charité. Charles Péguy, dans son ouvrage poétique « Le Porche du Mystère de la Deuxième vertu », dit volontiers que des trois vertus c’est l’espérance qui est la plus difficile.
Pour ne pas tomber dans une désespérance collective mortifère, il est essentiel de se raccrocher au nom de Dieu qu’est l’espérance. En étant témoin de la « petite fille espérance » comme dit Charles Péguy, nous deviendrons contagieux de la bonne nouvelle de l’Évangile

Dieu a un plan de paix pour nous

La crise de la Covid 19 a vu nombre de projets de vie remis en question, des espoirs qui sont autant d’aspirations au bonheur : continuer sereinement ses études, trouver l’âme-sœur, entrer dans le monde du travail, fonder une famille, ou encore finir paisiblement sa vie, entouré des siens.
Des hommes et des femmes autour de nous ont pu vivre des situations dramatiques : perte d’emploi, départ en exil comme réfugiés, insécurité alimentaire, liquidation de leur entreprise, décès d’un proche suite à une maladie ou à un suicide. Dans un tel contexte de crise sanitaire, économique ou socio-politique, comment continuer d’espérer ou d’avancer ? Comment nous défaire de ce fardeau pesant qui nous ralentit et bloque nos projets de vie ?
Au moment le plus fort de la crise de la Covid-19, on s’est aperçu que l’épreuve créait de nouvelles solidarités, que nous étions tous interpelés dans notre capacité d’espérer et d’aimer.
L’explication tient peut-être à un changement de regard sur ce qui est important pour nous. Le défi est de réorienter nos pensées et nos actes sur le projet de Dieu : Toute la Bible peut se résumer dans cette révélation : Dieu nous aime immensément et il a un plan d’amour pour l’humanité et chacun d’entre nous en particulier. Même si nous ne comprenons pas toujours la mise en œuvre de ce plan, nous pouvons croire avec assurance la promesse que Dieu nous a faite en Jésus. Quelles que soient les épreuves que nous traversons, Dieu a un plan de paix pour nous et nous pouvons être sûrs qu’il aura le dernier mot pour nos tribulations.
A une époque où beaucoup de gens ont besoin d’un coach pour affronter leurs blocages et avancer sur leurs chemins de vie, nous avons-nous aussi besoin d’un coach pour ne pas rester enfermés sur nous-mêmes. La Bible regorge de personnages qui peuvent nous servir de modèles, que nous pouvons accueillir comme antidotes au découragement. Ils diffusent en nous un flot de paix, de sérénité, de confiance dans l’avenir. Méditer leur exemple peut nous aider à définir plus justement nos priorités, à réorienter nos espoirs pour coopérer avec Dieu à la mise en œuvre de son projet d’amour et de paix.

Mgr Marc Stenger, co-président de Pax Christi International

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