Mgr Borys Gudziak: « c’est une négation de la dignité, du passé et du futur de tout un peuple »

Entretien avec Mgr Borys Gudziak, archevêque de Philadelphie, métropolite de l’Église gréco-catholique ukrainienne aux États-Unis et chef du Département des relations extérieures de l’Église gréco-catholique ukrainienne, président de l’Université catholique d’Ukraine.

Le Pape François appelle à répondre à la guerre avec « les armes de Dieu » que sont la prière et le jeûne. Que placez-vous aujourd’hui au cœur de vos prières ?

Je prie pour Vladimir Poutine. Je me tourne vers Dieu afin que le président russe sente la vérité, que son cœur change, qu’il éprouve la charité envers les petits et les pauvres. Nous sommes au cœur de la faiblesse de la nature humaine décrite dans l’image d’Adam qui prend pour lui quelque chose qui n’est pas à lui. La Russie compte onze fuseaux horaires sur son territoire, pourquoi a-t-elle besoin d’encore plus de territoire, d’encore plus de population à contrôler ? Cette incapacité de la nature humaine de traiter les autres avec respect, de reconnaître leur dignité, cette dignité donnée par Dieu qui est une chose sacrée, est notre péché originel.

Comment comprendre, selon vous, que l’Ukraine soit perçue comme une telle menace par le président russe ?

Cette guerre est une négation de l’existence, de la dignité, du passé, et du futur de tout un peuple. Le discours de Poutine est rempli de condescendance et d’orgueil, c’est une manière de dire : « vous n’êtes rien et je détermine qui vous êtes et qui vous serez.» C’est une prétention choquante. La prière est une libération de ces illusions diaboliques qui mènent à la guerre et à la souffrance de millions de personnes. L’Ukraine n’est pas un pays agressif, c’est une société tolérante où le président est juif, où les chrétiens cohabitent avec les musulmans, où les Tatars ont leur place. Cette liberté, cette fraternité, cette culture ukrainienne, qui a ses racines dans l’Évangile, est une menace pour un système autoritaire. C’est pour cette raison que Poutine veut le détruire. La démocratie même est une menace pour le président russe, car dans son système oligarchique chaque chose est contrôlée, toutes les actions se font dans l’ombre. Une culture de la lumière est dangereuse pour lui et dangereuse pour les ténèbres.

Quel regard portez-vous sur la réaction de la communauté internationale, et de la France notamment ?

Le monde est désormais un peu réveillé, mais dans les années passées pour les personnes qui avaient les yeux ouverts il était clair qu’il y avait déjà des agressions, 14 000 morts et deux millions de réfugiés. Nous voyons maintenant que cette situation appelait une réaction plus précoce.

Comment accueillez-vous les paroles du Pape, ses appels à la paix et à la prière ?

J’en suis très reconnaissant. J’étais à Rome et j’ai pu remercier le Saint-Père vendredi pour tous les appels qu’il a lancés. Il a parlé de manière très claire en condamnant tout acte de guerre ou de violence. Nous sommes très reconnaissants de tous les témoignages de solidarité qui se manifestent.

Comment envisagez-vous l’avenir en ces temps si troublés ?

Nous Chrétiens, nous avons la grâce de l’Esprit Saint, nous voyons avec les yeux de la foi et nous reconnaissons les miracles. Quand j’avais 25 ou 30 ans, il nous semblait impossible que l’église gréco-catholique, contrôlée par les soviétiques, retrouve un jour sa liberté. C’était un miracle que quinze peuples deviennent libres lors de la chute de l’empire soviétique et que les chrétiens puissent à nouveau prier. Notre Église était presque morte, et elle est ressuscitée grâce à l’intervention divine et au témoignage des martyres qui ont donné leur vie pour elle. Aujourd’hui nous regardons ces nouveaux défis avec l’espérance qui nous vient de notre foi en la solidarité de Dieu.

crédit photo: Eparchie Saint Volodymyr

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