« La seule certitude pour renoncer à une guerre nucléaire est d’éliminer les armes atomiques », par Jean-Marie Collin de l’ICAN

Ce 3 janvier 2021, les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France ont publié une déclaration conjointe, pour indiquer que « leur responsabilité première [est] d’éviter une guerre entre États dotés d’armes nucléaires et de réduire les risques stratégiques ». Ils ont souhaité appuyer leur unité en affirmant « qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Cette déclaration vient en réalité souligner l’hypocrisie de ces États dans leur refus du désarmement nucléaire.

« On peut tout prouver, si les mots dont on se sert ne sont pas clairement définis ». Cette affirmation du philosophe Alain éclaire d’une lumière crue cette déclaration conjointe réalisée en amont de la tenue de la dixième conférence d’examen du Traité non-prolifération nucléaire (TNP) ; une rencontre reportée normalement en août (pour la troisième fois depuis mai 2020) en raison du Covid19.

D’un premier abord, il parait constructif que ces États, qui possèdent 99 % des armes nucléaires de la planète, communiquent entre eux pour abaisser les tensions et les risques possibles de guerre. Mais après tout, n’est-ce pas de leur responsabilité comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU ? De même, nous devons aussi nous interroger sur la volonté de cette déclaration « d’effacer » du paysage le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), la nouvelle norme internationale entrée en vigueur le 22 janvier 2021 à l’ONU.

Tous sans exception, régimes démocratiques ou autoritaires, modernisent et renouvellent dans le même temps leurs arsenaux, faisant fi de leurs obligations respectives liées au TNP (article 6 notamment).  Prenons le cas de la France. Paris a engagé un investissement (sur la période 2019-2025) de 37 milliards d’euros, pour assurer la poursuite du processus de modernisation, de mise en œuvre opérationnelle des forces et le renouvellement des systèmes. Des décisions qui doivent (avec des budgets futurs équivalents) permettre de conserver des systèmes d’armes nucléaires jusqu’en 2090. Comment peut-on croire qu’en poursuivant ainsi une politique de défense reposant sur des systèmes d’armes nucléaires, on signifie la volonté de ne pas utiliser ces armes, y compris en premier avec la stratégie dite de frappe « d’ultime avertissement » ? La seule certitude pour renoncer à une guerre  nucléaire est de les éliminer.
De ce fait, si vraiment Washington, Moscou, Paris, Londres et Pékin avaient une pleine conscience de cette épée de Damoclès, synonyme de conséquences humanitaires catastrophiques, alors ils travailleraient de « bonne foi » sur un processus de désarmement.

Sans oublier que même avant d’être éventuellement utilisées, la fabrication, les essais de ces armes nucléaires ont provoqué et provoquent encore aujourd’hui des conséquences sanitaires et environnementales importantes pour les populations qui les subissent comme, par exemple pour la France, en Algérie ou en Polynésie.
Cette déclaration est donc un pure acte de communication politique, une nouvelle tentative de leur part pour justifier leur politique de dissuasion qui n’est rien autre à la fois qu’une fausse sécurité et créatrice d’une « logique de peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain » comme l’a exprimé le Pape François (10 novembre 2017).

Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN France

Menu