Jean-Pierre Guérend: « un travailleur infatigable au service de la paix », par Mgr Marc Stenger

Le travailleur infatigable au service de la paix qu’était Jean-Pierre Guérend nous a quittés dans les derniers jours de l’an 2021. Il avait mis jusqu’au bout toute son énergie et tout son enthousiasme au service de la paix et de la réconciliation franco-allemande à travers la publication de nombreux écrits consacrés à la pensée et à l’action d’hommes dont il considérait qu’ils avaient été des apôtres de la paix, animés par une spiritualité qui puisait tout droit dans l’Evangile. Son attention s’était également portée sur des œuvres qui avaient fait date sur le chemin de réconciliation entre les peuples, telle la création de Pax Christi, ou des événements incontournables qui avaient marqué l’histoire, tels le Concile VatIcan II et la publication de la Constitution « Gaudium et Spes » ou encore la parution de l’encyclique de Jean XXIII « Pacem in Terris ».

Historien, théologien, philosophe, sociologue, Jean-Pierre Guérend avait fait œuvre universitaire dans ses écrits, synthèses rigoureusement documentées par l’étude minutieuse d’archives qui manifestent la pensée profonde d’hommes qu’il a connus, fréquentés, étudiés, en tandem avec Michel Rougé, lui aussi ancien de Pax Christi, et des figures remarquables dont il avait reconnu qu’ils avaient marqué l’histoire de la paix et de la réconciliation.

Jean-Pierre avait été le premier acteur de cette histoire en épousant une jeune allemande, Renate, à qui nous voulons dire notre totale sympathie.

Il avait forgé sa conviction en devenant le collaborateur de Mgr Bernard Lalande, prêtre de Paris, secrétaire particulier du Cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris, avant de devenir le collaborateur du Cardinal Feltin, son successeur, premier président de Pax Christi International qui l’avait engagé dans le mouvement.

Dans son Panthéon personnel, le père Lalande occupe une place de choix. Etant son étroit collaborateur, il ne pouvait que participer à l’animation du mouvement international, dont il a dirigé un temps la section des jeunes.

Autre grande figure, chère au cœur de Jean Pierre Guérend, le Père Franz Stock, aumônier de la prison du Cherche-Midi, qui a accompagné les résistants, condamnés à être fusillés au Mont-Valérien.

Jean-Pierre a publié un petit ouvrage, synthèse de la spiritualité du pardon et de la réconciliation, qui était celle de l’abbé Stock, « Prier 15 jours avec l’abbé Franz Stock, précurseur de la réconciliation franco-allemande et de l’Union de l’Europe » et qui a été par ailleurs supérieur du « Séminaire des Barbelés » près de Chartres. Lieu de mémoire, hautement chargé de valeur symbolique, où des séminaristes allemands se préparaient à devenir prêtres, lieu cher au cœur de Jean-Pierre sur lequel il veillait avec soin dans le cadre de sa responsabilité à l’Association des amis de Franz Stock.

Avec son complice Michel Rougé, Jean-Pierre Guérend a mis en lumière la contribution et la pensée du père Lalande à travers un certain nombre d’ouvrages, recueillant et analysant sa pensée, développée dans le cadre de ses engagements à Pax Christi.

Je voudrais citer d’abord « La paix est ressuscitée d’entre les morts. Le combat du père Lalande, pionnier de la paix ». Après un 20e siècle de conflits mondiaux et locaux, l’humanité cherche plus que jamais une alternative au meurtre collectif : quel objectif inventer ? Quelles méthodes employer ? Quel esprit insuffler ?

Le regard, la pensée, l’action de ce pionnier et précurseur manifestent la fécondité d’une œuvre personnelle et communautaire dégageant à l’aube du XXIe siècle les pistes indispensables pour un nouvel humanisme. Conscient que l’Eglise a un potentiel évangélique de paix qui est à libérer dans l’humanité, ce fin connaisseur du Concile Vatican II et de la Constitution « Gaudium et Spes » fut aussi un commentateur averti de l’encyclique « Pacem in Terris ».

Un ouvrage mérite une mention spéciale : « Le moine, le prêtre, le général ». L’histoire de l’engagement des trois frères Lalande, où Jean-Pierre nous montre comment la vocation à la paix s’enracine souvent dans un milieu familial, où nous parcourons une époque avec ses événements marquants, dont les frères Lalande ont été protagonistes. Son livre met en évidence la dynamique nouvelle de l’Evangile, capable de structurer l’existence personnelle et de catalyser ses forces sociales, en les orientant vers la justice et la paix. L’engagement des frères Lalande a été exemplaire, chacun ayant répondu à un appel et rejoint un ordre pour faire corps à une cause et lui donner sa personne et sa vie.

Il faut aussi signaler combien Jean-Pierre était impressionné et rempli d’admiration pour la personnalité du Cardinal Suhard. Ayant à sa disposition une bonne documentation, il a préparé avec beaucoup de soin sa biographie et mis toute son énergie à la propager à travers conférences, rencontres et table-rondes. Celle-ci porte le titre « Le cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris 1940-1949. Temps de guerre, temps de paix : passion pour la mission ». Le livre relate la diversité des initiatives missionnaires du cardinal, leur audace et l’élan missionnaire qu’elles ont suscité.

Il caressait un grand projet qu’il m’avait confié et qu’il a mené à son terme : rééditer « France, pays de mission ». Jean-Pierre, vénérait les événements et les hommes, témoins de l’histoire. Ce qui explique qu’il était tout donné à Pax Christi.

Pour être aussi complet que possible, il faut mentionner un opuscule qu’il avait consacré à un autre prophète de la paix, dom Helder Camara, « L’audace prophétique ».

Le catalogue de Jean-Pierre Guérend est assurément riche de belles pages d’Eglise et d’Evangile.

Mgr Marc Stenger, Co-Président de Pax Christi International

et ancien président de Pax Christi

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