Vivre Noël avec les Evangélistes Mathieu et Luc

Les évangélistes Mathieu et Luc nous livrent tous les deux le récit de la naissance de Jésus de Nazareth. L’évangéliste Mathieu commence son récit en nous indiquant toute la généalogie de Jésus à partir du roi de David, jusqu’à « Joseph, époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ ». (Mt 1, 16). Ensuite, il nous fait savoir que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus, et que ce même Joseph avait songé à répudier Marie quand il apprit qu’elle attendait un enfant. Il fallut une intervention de l’ange dans sa réflexion pour qu’il accepte de prendre Marie comme épouse avec Jésus comme Fils. Il a ainsi sauvé Marie et Jésus d’une mort assurée. Ce geste de Joseph fait de lui un vrai collaborateur, avec Marie, dans le projet de Dieu pour le salut des hommes. Le message de l’ange à Joseph, lui a-t-il rappelé les prophéties annonçant la venue du Messie au milieu de son peuple ?

 

L’Evangéliste Luc, par contre, commence son récit de la naissance de Jésus par le récit de naissance de Jean-Baptiste, son précurseur, qui doit venir pour « préparer le chemin du Seigneur », comme Isaïe, le prophète, l’a annoncé. Le récit qui suit est la visite de l’ange à Marie qui lui annonce qu’elle sera la mère du Fils de Dieu et son « oui » à cette mission que Dieu lui confie pour le bien des hommes.

 

Les récits des deux évangélistes, Mathieu et Luc, divergent clairement dans les descriptions de la naissance de Jésus. Dans le récit de Luc, Jésus et Marie sont partis de Nazareth à Bethléem, pour se faire recenser, selon l’ordre de l’empereur Auguste, dans la ville de Bethléem, car Joseph « était de la maison et de la lignée de David », (Lc 2,4), et originaire de cette ville. Il ne nous dit pas combien de temps ils ont voyagé, ni dans quelles conditions. Il dit tout simplement que Marie était enceinte et « que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche car ils manquaient de place dans l’hôtellerie ». (Lc, 2, 6-7). Il décrit aussi la joie des bergers à qui l’ange annonce cette naissance. Ceux-ci chantent, glorifient Dieu et annoncent la paix aux hommes. Cette naissance réjouit les petits de la terre et les anges du ciel !

 

Chez Mathieu, cet épisode du voyage, la naissance et la présence des bergers, leur visite au Nouveau-né, que Luc décrit de manière si intense, n’est pas présente. Il dit tout simplement que Jésus est né à Bethléem et décrit toute de suite la venue des mages (μάγοι ἀπὸ ἀνατολῶν) d’Orient à Jérusalem qui cherchent « le roi qui vient de naître » (Lc 2,2). Ils ont vu et suivi son astre et ils veulent lui rendre hommage. Le roi Hérode, troublé par cette venue, cherche auprès des prêtres et des scribes où a bien pu naître ce roi. En citant le prophète Michée (5,1), ces savants lui annoncent que le lieu de naissance est probablement Bethléem. Hérode questionne les mages sur sa date de naissance et il demande de l’informer quand ils le trouveront. Nous savons finalement comment s’est terminé cette visite des mages et ce qu’Hérode a fait. La conséquence en a été la fuite de Marie et de Joseph avec Jésus en Egypte.

 

Cet épisode avec les mages n’est pas présent chez Luc. Par contre, Luc nous conduit, quarante jours plus tard, au temple de Jérusalem où Marie et Joseph présentent Jésus au Seigneur. A cette occasion, nous rencontrons vieillard Syméon et la prophétesse Anne…

 

Les évangélistes Mathieu et Luc, chacun à leur manière, nous permettent de mieux saisir le message évangélique qui nous est adressé. Evangéliste Luc nous montre ce Fils de Dieu partager la condition des pauvres : il est menacé au moment de sa conception. Mais le consentement de Joseph à accepter Marie et son enfant à naître lui permet finalement de venir dans notre monde. Luc nous dit encore que Jésus est né dans une étable car il n’y avait pas de place pour lui et ses parents dans l’hôtellerie. Sa naissance réjouit les habitants du ciel, les anges, et les bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les environs. L’annonce de la naissance de cet enfant leur donne une joie, une espérance et une dignité car ils peuvent contempler celui que les anges chantent et glorifient. Cette nouvelle n’est pas annoncée aux scribes, aux prêtres ni aux autres serviteurs du temple de Jérusalem ; encore moins aux Romains et à leur collaborateur, le roi Hérode et ses partisans…

 

Evangéliste Mathieu attire notre attention sur la venue des mages d’Orient qu’une étoile/astre a conduit jusqu’à la crèche : un message qui révèle que cette naissance est une bonne nouvelle pour tous les hommes. En chercheurs de sens, de bonheur, d’avenir, ces mages, attirent notre attention sur celui qui peut exaucer leurs/nos vœux et donner du sens à leurs/nos vies, et qui leur/nous donne un avenir. Le roi Hérode, les grands prêtres, qui exercent le pouvoir social et spirituel et contrôlent la vie dans la société, sont incapables de voir, de comprendre ni de saisir la souffrance de leur peuple. Pour les mêmes raisons, ils sont encore moins disposés à voir ou à accueillir la venue de l’enfant de Bethléem. Certains, dont le roi Hérode, voient en lui une menace pour leur pouvoir et leur domination.

 

Dans notre monde, nous ne sommes pas loin de cette attitude d’Hérode. Il y a à peine un mois, une lettre interne à la Commission européenne « préconisait de ne plus souhaiter ‘‘joyeux Noël’’ pour respecter les traditions religieuses de chacun » (La Croix du 30.11.2021). C’est une curieuse manière stalinienne (ou maoiste) de régler le rapport entre les religions (ou entre les hommes et femmes de différentes religions travaillant à la Commission européenne) au cœur de l’Union européenne et du Continent européen où la majorité des citoyens sont de tradition chrétienne en voulant les obliger à oublier ce qui les anime, à être plus fraternels et plus ouverts aux autres. Cela ne favorise pas un rapport positif entre les citoyens pour qu’ils sachent se réjouir ensemble, se connaître et faire connaître aux uns aux autres ce qui les anime. Cela ne les encourage pas non plus à être des bons croyants et citoyens capables de travailler pour une cité (société) plus juste et plus fraternelle.

 

Que la fête de la naissance de Jésus de Nazareth, de sa venue au monde, apporte à tous les hommes et toutes les femmes, à la création entière, la joie, le bonheur, la réconciliation et une fraternité paisible !

 

Vlatko Maric, Aumônier de Pax Christi