Antarctique, exemple unique de gouvernance internationale

C’est la nature même de l’écologie intégrale. La sauvegarde de la nature comprise, dans son sens le plus commun, comme l’univers physique et les formes de vie que nous connaissons sur terre, y est évoquée comme un devoir et une priorité. C’est cette référence au monde dont nous avons reçu l’intendance qui nous est une nouvelle fois rappelée à l’occasion de cette nouvelle saison de la Création 2021. L’heure n’est certes pas aux réjouissances tant les intentions sont nombreuses et les véritables actions porteuses d’espérance rares. Pourtant des hommes de bonne de volonté peuvent faire changer les lignes, véritablement.
Alors pour montrer que c’est possible et se donner du cœur à l’ouvrage, pourquoi ne pas évoquer une utopie qui est devenue réalité. Penser en effet que les « grandes puissances mondiales » puissent s’entendre pour décider de dédier un continent tout entier de notre planète à la paix, à la science et à la protection de l’environnement nous parait à priori impossible.
C’est pourtant ce qu’a réalisé le Traité sur l’Antarctique qui constitue un exemple unique de gouvernance internationale d’un même territoire.
Né à l’issue de l’Année Géophysique internationale de 1957-1958, il a été complété par le Protocole de Madrid[1], signé en 1991, qui fixe et durcit les conditions d’accès et les activités menées au sud du 60e parallèle sud. Ce protocole, qui n’est entré en vigueur que le 14 janvier 1998, désigne l’Antarctique comme une “réserve naturelle consacrée à la paix et à la science” (Article 2) et en interdit l’exploitation des ressources minières[2]. Il provient à l’époque de l’initiative opiniâtre des deux premiers ministres de la France et de l’Australie, Michel Rocard et Robert Hawke.
Rappelons que le « continent blanc » a une superficie de 14,2 millions de km2. Si en dehors des 65 bases qui abritent aujourd’hui quelques 1500 scientifiques il ne compte pas d’habitants, il présente une faune spécifique dont les manchots empereurs sont l’espèce emblématique mais il contient surtout dans sa calotte glacière 70 % de l’eau douce de la planète. Or l’antarctique fond dix fois plus vite aujourd’hui qu’il y a quarante ans, participant à la montée du niveau des océans.

Tout est lié malheureusement et ce n’est pas le fait d’avoir empêché sur ce continent toutes les activités qui ailleurs ont provoqué les dégâts que nous connaissons qui a permis d’épargner complétement son intégrité physique et biologique. Une illusion donc ? Non parce que cet accord qui reste en vigueur au moins jusqu’en 2048 l’a au moins sauvegardé d’une exploitation polluante et nécessairement conflictuelle. La 43e réunion consultative du traité sur l’Antarctique s’est tenue à Paris du 14 au 24 juin 2021.

L’accord de Paris sur le climat[3] est un autre exemple de traité international. Lui aussi réunit toutes les nations signataires autour d’une cause commune d’intérêt planétaire. Mais contrairement au Traité sur l’Antarctique où il s’agissait d’interdire de faire, il s’agit cette fois d’agir et d’entreprendre pour lutter contre le changement climatique et s’adapter à ses effets.

Cinq ans après sa mise en application, si des mesures indéniables ont déjà été prises par les pays les plus vertueux, elles sont loin d’être suffisamment ambitieuses pour espérer limiter le réchauffement à moins de 2°C. Alors que la prise de conscience de la gravité de la crise écologique est planétaire, elle doit devenir un consensus social sans lequel aucun gouvernement démocratique ne sera en capacité d’imposer les mesures les plus exigeantes car elles nécessitent un changement radical de paradigme économique et des conséquences importantes sur notre mode de vie.

Cela suppose une vision et une pédagogie que sont loin de promulguer les médias de notre société de consommation qui proposent dans les mêmes moments les images des catastrophes qu’engendrent déjà les bouleversements du climat (feux de forêts gigantesques, inondations brutales…) et des publicités pour les automobiles et le tourisme de masse. Les chrétiens devraient être en première ligne, eux qui considèrent dans la foi que la Création est un don et qui disposent déjà de l’incitation évangélique au partage et à la pauvreté. Mais s’ils disposent en principe du « logiciel pastoral », ils se trouvent bien souvent dans la situation du jeune homme riche (Mt, 19,16–30).

A la force de conviction qui préside à la signature des traités il faut aussi celle qui permet de convaincre les citoyens et ceux qui les dirigent du bien fondé de mesures drastiques.

Jean-Noël Hallet – Biologiste retraité des Universités, Paroles de chrétiens sur l’écologie-Commission Ecologie Intégrale

[1] https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1991_num_37_1_3043

[2] Le traité sur l’Atlantique a été signé par l’Argentine, l’Australie, la Belgique, le Chili, la France, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l’Union sud-africaine, l’URSS, le Royaume-Uni et les USA rejoints par 42 autres États.

[3] https://unfccc.int/fr/process-and-meetings/l-accord-de-paris/qu-est-ce-que-l-accord-de-paris

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